Un texte de Marguerite Pilven
Par varban le mardi 31 juillet 2007, 17:10 - Lien permanent
"Quand peindre est rechercher la chance"
Les récents tableaux de Varban Christov poursuivent une démarche centrée sur les étapes de leur réalisation. En superposant des couches de peinture qu’il prend soin de garder relativement transparentes et fluides, l’artiste renouvelle à sa manière le principe du glacis. La couche inférieure informe la suivante, les strates s’additionnent et se mélangent, qui brouillent la relation entre les figures et le fond. Le tableau se met en place en une succession d’états provisoires qui se superposent sans disparaître tout à fait, jusqu’à former un ordre de surface. L’attitude de l’artiste est ambivalente, qui contrôle l’évolution de sa peinture, laissant toutefois des aspects de l’œuvre advenir par eux-mêmes, de manière aléatoire. Comme tout bon joueur, Christov définit une stratégie qui repose également sur l’intuition, la fulgurance de la chance. Ses œuvres sont le résultat d’une procédure complexe qui mêle le hasard et la nécessité à la manière d’un jeu, avec ses règles et ses surprises.
Une « esthétique du pain trouvé », telle est la manière dont le peintre qualifie aussi cette manière qu’il a de glaner dans la ville de vieux papiers jetés, des matériaux usés pour les coller sur la toile et créer des accidents de surface, prémices d’une cartographie mentale qu’il explorera lentement. La dynamique du manifeste et du caché sur laquelle repose ce système de strate relie sa peinture à des données inconscientes comme à une forme d’onirisme. La mémoire affective du peintre est également convoquée: fresques byzantines, Primitifs Italiens, épure graphique des Grecs, culture populaire d’Europe Centrale…
Christov peint avant de « faire des tableaux », plus intéressé par les devenirs de la matière que par l’objet fini, par les méandres de la mémoire que par l’idée d’un message précis. Ce sont précisément ces circulations, ces profusions d’informations intermédiaires qui sont offertes au regard. Il en ressort un espace vibrant, à la fois construit et ouvert aux métamorphoses que le contemplateur sensible enrichira de ses propres interprétations.
Marguerite Pilven